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Notes de lecture sur des biographies d’aventuriers …

Sylvain Tesson

Blanc

« De 2018 à 2021, à la fin de l’hiver nous nous élevions dans la neige. Le ciel était vierge, le monde sans contours, seul l’effort décomptait les jours. Je croyais m’aventurer dans la beauté, je me diluais dans une substance.« 

« Moi il me les fallait tous (les paysages). J’étais prêt à peiner jusqu’à l’épuisement pour les traverser. Je voulais que mon visage, paysage de l’âme, fixe les paysages qui sont l’âme du monde. Ce soir-là je sus que j’avais trouvé le paysage ultime. Le relief se volatilisait, le ciel n’y était plus séparé de la terre, le corps s’y déséquilibrait, privé de ses repères, le minéral se vaporisait, l’esprit s’y lustrait, les formes s’unifiaient. » Blanc (p.56-57)

Nous sommes encore en hiver et la lecture de ce journal de la traversée des Alpes à skis m’a éblouie. Ces chroniques slaloment – tout comme Syvain Tesson et ses amis – d’une frontière à l’autre. Le franchissement des cols et des crêtes fait glisser les skieurs tantôt vers l’Italie, tantôt vers la Suisse, tantôt vers l’Autriche ou la Slovénie. Les refuges portent l’empreinte des nations/cultures (qui les entretiennent). Je ne retiendrai pas les noms de tous reliefs traversés, mais je suis nourrie des « impressions » – poétiques et géographiques – de Tesson pour me représenter cette « Alpe » tantôt recouverte, tantôt révélée par la neige.

Les récits de voyage de Tesson incitent à voir et à penser les paysages. Les déplacements véhiculent images, souvenirs et réflexions et mènent à une méditation contemplative. Physiques et éprouvants, les périples de Tesson sont semés d’aphorismes – comme autant de jalons – d’une aventure intérieure et extérieure. Les auteurs, classiques ou contemporains, poétes, baroudeurs, ouvrent des pistes à la pensée vagabonde.

Ici le « Blanc » c’est ce que Tesson nomme « l’indifférencié », une substance dans laquelle les contours du paysage mais aussi les pensées se dissolvent. L’effort pour avancer et lutter contre le froid anesthésie l’activité de la pensée ou de l’imagination. Ce périple alpin verticalise le mouvement : ascension des pentes vers les cols et les crêtes, redescente dans les combes. Tandis que l’accomplissement du tracé dans le « Blanc » rythme un temps circulaire : départ du refuge aux aurores, retour au refuge (le suivant). De manière rituelle, le marcheur-skieur-grimpeur va de l’intérieur à l’extérieur. Dans cette boucle quotidienne, les corps s’extirpent de la chaleur du poële (qui favorise le retour à soi, aux pensées, aux rêveries) pour affronter sans transition, la brutalité des éléments, le froid, le vent, les reliefs périlleux.

Blanc est ce voyage onirique dans un monde rude et « vierge » de civilisation, qui escamote la mémoire de vies où règne le « trop ». Qui se suffit à lui-même.

Julien Gras-Blanc

Envoyé un peu spécial

« En s’éloignant de chez soi, on se rapproche de l’universel. »

Julien Gras-Blanc a ponctué ce recueil de notes de voyages de « cartes postales » de la planète Terre envoyées à des inconnu.e.s, les lecteurs. Reporter d’événements parfois désuets (l’élection de miss Monde sur l’Ile de Hainan) l’auteur nous livre des chroniques courtes, impressions de voyage – toujours teintées d’autodérision et d’humour. Les reportages de Julien Gras-Blanc, sont comme des cadres tendus pour brosser ces brefs tableaux de sociétés rencontrées aux 4 coins de la planète ; aux USA, à St-Pierre-et-Miquelon, à Valparaiso, au cap Horn, à Ushuaïa, à Melbourne, en Indonésie, à Singapour, à Zanzibar…

« On m’affuble souvent de l’estampille écrivain voyageur, un terme ronflant (après tout, je ne fais qu’écrire à des amis imaginaires) quoique valorisant. Je suis ce gars payé pour raconter ses pérégrinations, comme tu as de la chance. »

Stephen Sweig et Magellan

Il existe un nombre considérable de récits biographiques sur des voyageurs ou aventuriers hors du commun, engagés dans une quête personnelle, qui devint publique. Dans un souci de véracité leur histoire est scrutée mais aussi « réinterprétée ». Car le témoignage du rédacteur repose sur un parti pris. Il choisit d’exposer tel ou tel événement en le reliant à un contexte particulier. (Une vision affleure, celle du narrateur … Quelle est son empreinte sur le récit ?)

Eclairer les zones d’ombre d’un parcours singulier et le rendre public, voilà la grande affaire du biographe. Son défi est de filtrer tous les éléments du vécu pour servir un récit fidèle ET vivant. A l’image de celui de Stéphane Sweig.

Nous voici à mi-chemin entre biographie et voyage… Des ouvrages qui permettent d’en savoir plus sur ces hommes d’exception, qui n’avaient pas froid aux yeux, et des rêves de lointaines contrées plein la tête. Stephen Sweig écrit de manière fluide, – sans détails outanciers -, sur la traversée de Magellan. Un régal !

Stephen Sweig retrace le périple de Fernao de Magalhaes, qui navigua du Sud de l’Espagne jusqu’aux Molluques et aux Philippines. En 1519 Charles Quint fournit à Magellan 5 navires et plus de 200 hommes pour réaliser son projet fou : contourner l’Amérique en empruntant un passage maritime et d’accoster aux « îles aux épices ». La flotte de Magellan essuiera les tempêtes, le froid, les mutineries, mais rejoindra bien cet océan inconnu baptisé Pacifique via le détroit de Magellan. Aux Philippines il finira tran

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